Date
Jeudi 20 août 2026, 13h, les grappes de Castel ont été coupées dans le parc du domaine. Troisième récolte depuis la replantation du vignoble, et la plus précoce.
Deux heures trente dans les rangs
Cinq personnes, des sécateurs, des caisses. La récolte du Castel s'est faite à la main, comme les précédentes, sur une parcelle de mille mètres carrés située sur le haut du parc, près de la roseraie.

La date n'était pas fixée à l'avance. Depuis le début du mois, la maturité des grains était suivie au réfractomètre, un petit instrument optique qui mesure la concentration en sucre du jus. Le sucre ne dit pourtant pas tout : il faut aussi que l'acidité baisse, que les pépins brunissent, que la peau se laisse mâcher. Ce sont ces observations, accumulées jour après jour, qui décident du matin où l'on sort les caisses.

Le Villard, cépage blanc planté sur la même parcelle, sera récolté plus tard, en octobre.
Deux cépages nés d'une catastrophe
Le Castel et le Villard ne figurent dans aucune appellation. Ce sont des cépages hybrides, créés à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, au lendemain de la crise du phylloxéra qui avait anéanti le vignoble européen. Pour reconstituer les plantations, les hybrideurs ont croisé des vignes américaines, résistantes au puceron, avec des vignes européennes. Il en est sorti des variétés robustes, peu exigeantes en traitements, capables de supporter la sécheresse comme le gel.
Ces cépages ont largement disparu des campagnes françaises. Les deux qui poussent aujourd'hui à Bouthéon proviennent de boutures prélevées sur des pieds centenaires retrouvés dans le Forez, à Saint-Marcellin-en-Forez pour le Castel, à Montbrison pour le Villard, par Daniel Mondon, vigneron passionné de cépages anciens. Six cents boutures ont été plantés fin 2021 et replantés au printemps 2023 et conduits sur échalas, un piquet de bois par cep, selon une technique ancestrale.
Une vigne attestée depuis 1561
La parcelle actuelle occupe l'emplacement des vignes du XXe siècle. Elle s'inscrit dans une continuité beaucoup plus longue.
L'acte de vente du château de 1561 mentionne deux hectares et demi de vignes et un pressoir. L'inventaire de 1641 décrit ce pressoir en activité. L'expertise du domaine en 1751 mentionne le "clos de vigne" ainsi que le cuvage et pressoir dans la basse-cour. Les archives de la Cour impériale de Lyon relèvent encore trois hectares de vignes en 1811, dans la pente du château. Une photographie de 1915 montre les soldats convalescents de l'hôpital militaire installé au château en train de récolter le raisin. Dans les années 1940, le domaine comptait encore trois mille cinq cents mètres carrés de vignes, et le village cent dix propriétaires viticoles.
La production à Bouthéon s'est éteinte au début des années 2000. Elle a repris, ici, en 2021.
Ceux qui font la vigne
La récolte de cette année a mobilisé Hélène Fabre, adjointe au maire déléguée à la culture, au patrimoine et au tourisme, venue donner la main en début de matinée puis relayée par Olivier Rousseau, directeur du domaine, Jean-Paul Bruel et Antoine Couzon, président et trésorier des Amis du Vieux Bouthéon, Éric Perret, référent parc et technique du domaine, et Gérard Beny, qui accompagne bénévolement l'évolution du parc depuis vingt ans. C'est ce dernier qui avait mis l'équipe en relation avec Daniel Mondon.
Une vigne ne revient pas toute seule.



Pour en savoir + :
> Le vignoble du Château de Bouthéon - 500 ans en Forez (42)
> Cépages rebelles - les vignes hybrides interdites (Forez)

